L’intelligence artificielle (IA) suscite un engouement, c’est indéniable. En ressources humaines, on parle dans certains milieux d’une « nouvelle ère » d’innovations, de solutions porteuses et d’expériences bonifiées de recherche d’emploi. Pour le personnel en quête d’information et de conseils, les robots conversationnels alimentés par l’IA seraient une réponse tout indiquée. Mais est‑ce vraiment le cas?
Le projet Oxygen de Google a fait appel à l’IA pour définir les qualités du parfait gestionnaire, en étudiant les pratiques des membres les plus performants de sa propre équipe d’encadrement. Son objectif : à la lumière des caractéristiques relevées, élaborer et mettre en place des programmes de formation et des mécanismes d’évaluation qui favoriseraient le perfectionnement d’autres gestionnaires. Sans doute que la taille de l’entreprise a facilité cette démarche.
Côté recrutement, où l’IA est un outil particulièrement prisé, Johnson & Johnson a recouru à cette technologie pour analyser ses annonces d’emploi, afin de dégager et rectifier les libellés qui présentaient un biais par trop masculin. Il en a résulté une hausse de 9 % des candidatures de femmes. De nombreuses entreprises s’en servent aussi pour trier plus efficacement les CV.
Un sondage réalisé aux États‑Unis, au Royaume‑Uni et en Allemagne par le professeur de la Harvard Business School Joe Fuller a révélé que 88 % des quelque 2 250 chefs d’entreprise interrogés savaient que leurs outils de recrutement écartaient des candidatures pourtant prometteuses. En effet, il arrive que les algorithmes boudent des candidats en raison de pauses professionnelles tout à fait justifiables dans leur CV ou parce qu’il leur manque une ou deux compétences d’une liste inutilement longue.
Il ne faut pas oublier que l’IA carbure aux données. Elle épluche de vastes bases en quête de tendances utiles à la prise de décisions. Il peut donc y avoir des ratés si les données laissent à désirer. C’est ce qu’a appris à ses dépens Amazon, qui entraînait son outil de tri des candidatures en fonction des CV de son personnel, composé majoritairement d’hommes. Or, à sa grande surprise, cet outil mettait systématiquement au rencart tout CV qui comportait le mot « femmes » ou une expression comme « équipe de soccer féminin ». Faute de correctif adéquat, l’outil a fini aux oubliettes.
La majorité des données RH sont des renseignements personnels à manipuler avec précaution. Avant même de créer ou de mettre en œuvre des systèmes qui recueillent et exploitent ce type d’informations, il est essentiel d’en vérifier la sécurité et de régler toute question de protection de la vie privée. Et surtout, de tenir vos équipes informées de vos intentions et d’être à l’écoute de leurs commentaires.
Malgré ses failles, l’IA recèle un potentiel impressionnant. Elle peut décupler la productivité et accomplir des choses qu’on peinait à s’imaginer dans un passé pas si lointain. Mais aussi emballante soit‑elle, elle demeure un outil et doit être utilisée avec le discernement dont seul un humain sait faire preuve.